admonéter


admonéter

⇒ADMONESTER, ADMONÉTER, verbe trans.
A.— En gén. [En parlant gén. d'une pers. exerçant une autorité soc., mor. sur un subordonné, un inférieur, notamment d'un adulte envers un enfant] Donner un avertissement accompagné souvent d'un jugement sévère, voire d'un blâme :
1. ... que doit dire à tout cela le philosophe, j'entends le véritable, qui n'est, lui, ni politique ni littérateur, à peine saint-simonien? Muni de lunettes bleues à travers lesquelles il observe avec bienveillance, il trouvera infailliblement que la cause des plus malheureux est celle qui a droit à ses avis, et il ne manquera pas de les leur donner, afin que le petit garçon ne se noie plus sans que le maître d'école l'ait admonesté.
A. DE MUSSET, Le Temps, 1831, p. 19.
2. ... vous pourrez, au Jardin des Plantes, voir l'ascendant des petits sur les grands, de l'esprit sur la matière, dans le singulier tête-à-tête du gypaëte et du corbeau. Celui-ci, animal très-fin et le plus fin des rapaces, qui, dans son costume noir, a l'air d'un maître d'école, travaille à civiliser son brutal compagnon de captivité, (...). Avec la sécurité d'un esprit supérieur, devant cette lourde masse, il va, vient et tourne autour, lui prend sa proie sous le bec; l'autre gronde, mais trop tard; son précepteur, plus agile, de son œil noir, métallique et brillant comme l'acier, a vu le mouvement d'avance, il sautille; au besoin, il monte plus haut d'une branche ou deux, il gronde à son tour, admoneste l'autre.
Ce facétieux personnage a, dans la plaisanterie, l'avantage que donne le sérieux, la gravité, la tristesse de l'habit.
J. MICHELET, L'Oiseau, 1856, pp. 113-114.
3. ... par les barbares sensuels et vulgaires sous l'œil de qui je vague, je serai contrôlé, estimé, coté, toisé, apprécié enfin; ils m'admonesteront, réformeront, redresseront, puis ils daigneront m'autoriser à tenter la fortune; ...
M. BARRÈS, Sous l'œil des barbares, 1888, p. 264.
4. ... Renée se fâcha et se plaignit à son mari. Mme Jacquemart fut admonestée, et, de ce jour, céda à Renée une part de son autorité. Mais elle garda l'habitude de tout contrôler; ...
M. ARLAND, L'Ordre, 1929, p. 451.
5. J'étais écœuré par ce spectacle, les trépignements de joie, la cruauté de ces enfants, leurs rires devant les soubresauts d'agonie des lézards. Allais-je m'approcher? les admonester, leur dire que ces lézards ne faisaient aucun mal mais rendaient service au contraire, leur faire honte de leur lâcheté...?
A. GIDE, Journal, 1936, p. 1249.
B.— Spéc., DR. [En parlant du juge — ou, p. ext., d'un représentant quelconque de la loi — exerçant son autorité surtout envers un mineur — ou envers tout individu — non passible d'une peine infamante] Adresser à huis clos une remontrance, un blâme, avec menace de sanction en cas de récidive :
6. ... le poète Nicolas Bourbon, auteur d'un recueil d'épigrammes, intitulé Nugœ, ayant été mis en prison, le roi, sollicité par sa sœur Marguerite, ordonna au parlement de mettre Bourbon en liberté, moyennant qu'il signerait une déclaration pour désavouer ses poésies, et qu'il serait admonesté par le parlement de ne plus composer de vers, et de vivre dans l'union de l'Église catholique.
Par un arrêt du 26 mai 1671, le prévôt d'Auxerre fut admonété, avec injonction de ne plus juger dans sa maison.
ST-EDME t. 1 1824.
7. Le garde champêtre, gardien de la propriété et des bonnes mœurs, surgissait parfois au milieu de ces fêtes pastorales, mais il ne pouvait songer à verbaliser; (...). Le garde se contentait d'admonester les coupables, et dénonçait aux parents ceux-là seuls qui étaient coutumiers de laisser aller leurs vaches en maraude.
M. AYMÉ, La Jument verte, 1933, p. 148.
8. ... le juge des enfants pourra (...) :
1° Par ordonnance, renvoyer le mineur devant le tribunal pour enfants ou, s'il y a lieu, devant le juge d'instruction;
2° Par jugement rendu en chambre du conseil, soit relaxer le mineur, s'il estime que l'infraction n'est pas établie, soit l'admonester, soit le remettre à ses parents...
Code pénal, Ordonnance du 2 févr. 1945, Paris, Dalloz, 1966.
9. Si la contravention est établie, le tribunal pourra soit simplement admonester le mineur, soit prononcer la peine d'amende prévue par la loi. Toutefois, les mineurs de treize ans ne pourront faire l'objet que d'une admonestation.
Code pénal, Ordonnance du 2 févr. 1945, Paris, Dalloz, 1966.
P. anal. :
10. ... il s'incriminait, il s'accusait, il se traitait comme s'il eût été le directeur de la police métropolitaine, admonestant un agent pris en flagrant délit de naïveté.
J. VERNE, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, 1873, p. 179.
Rem. 1. Qq. synon. : avertir, chapitrer, faire honte, gronder, moraliser, morigéner, reprendre, réprimander, semoncer, sermonner, tancer. 2. Anton. : complimenter, féliciter.
Stylistique — a) Dans son emploi gén., admonester est nettement plus usité au XIXe qu'au XXe s. (il figure dans des œuvres du genre hist., du journal, de l'autobiographie, du roman et plus gén. dans des ét. de mœurs). Vieillissant, il appartient à la lang. soutenue, où il prend fréquemment une nuance iron., péj. lorsque p. ex. il traduit une distinction affectée, les travers de l'autoritarisme prétentieux (ex. 1, 2, 3). b) Dans l'emploi jur., admonester est présenté comme un terme de jurispr. anc. dans presque tous les dict. du XIXe s., mais considéré comme un terme contemp. dans la majorité des dict. du XXe s.
Prononc. ET ORTH. — 1. Forme phon. :[], j'admoneste []. DUB. transcrit la pénultième avec [e] fermé. Enq. :/admone2st/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : admonestation (admonétation arch., cf. DG), admonesté (admonété arch.), admonestement (arch., cf. Ac. Compl. 1842), admoniteur, admonitif (cf. BESCH. 1845 et QUILLET 1934), admonition. 3. Forme graph. — Les dict. du XXe s. enregistrent la forme admonester. Seul QUILLET 1934 donne encore parallèlement : admonester ou admonéter. 4. Hist. — Ac. 1798 : admonéter. Cf. aussi Ac. 1835 qui précise néanmoins : ,,plusieurs disent et écrivent, admonester`` et BESCH. 1845 qui fait la rem. suiv. : ,,on écrivait anciennement admonester, pour marquer la quantité syllabique du qui vient de ne dans monere``. En 1852, J. Humbert (Nouveau glossaire genevois, p. 8) écrit : ,,Admonéter, faire une réprimande. Admonester appartient au vieux français``. LITTRÉ admet : admonéter ou admonester (,,a-dmo-né-té ou a-dmo-nè-sté``). Il précise que : ,,les deux prononciations sont usitées``. Jusqu'à LITTRÉ, on observe donc, dans les dict., une prédominance de la forme en -é-. C'est Ac. 1878 qui préconise la forme mod. en -es- admonester (cf. aussi DG : admonester et admonéter, vieilli). Il faut noter par ailleurs que la forme en -es- est la seule en usage dans les textes du XIXe s.
Étymol. ET HIST. — 1. a) 1160-1170 admonester (qqn) « exhorter (qqn) » (BENOIT DE STE MAURE, Troie, éd. Constans 15 356 ds GDF. Compl. :L'ont deprié et conjuré Et en maint sen admonesté); 1170-1593, amonester (qqn) de + inf., « exhorter (qqn) à + inf. » (Rois, éd. Curtius, XI, 25, p. 78 : ... li di qu'il haite ses cumpaignuns é amonested de prendre é destruire la cited). — (Sat. Ménippée, Harangue de M. d'Aubray, p. 215-216 ds HUG.); 1172/1175-1559 admonester + dat. de pers. + que compl., « id. » (CHRÉT. DE TROYES, Chevalier à la charrette, éd. Fœrster, 2933 ds T.-L. : Et cele qui sa mort desirre De l'autre part li amoneste Qu'isnelemant li transt la teste...). — (AMYOT, Solon, 14 ds HUG.); b) 1275, 3 fév., amonester a + inf., « exhorter à + inf. (avec notion d'obligation pressante et pénible à supporter) » (Arch. Maine et Loire, Fontevr. ds GDF. Compl. :Non porforcé, non amonesté a ceu faire de nului); 1295 amonester + subst. de pers. + que compl. « demander (à qqn), le presser de + inf. » texte jur., notion de contrainte (Arch. Meuse, Ecurey, Lettre de J. de Joinville, ibid. :Sor ce que vouloie et les avoie amonetes que il abatissient les loges), attest. isolée; même sens dans emploi relig. ds NICOT 1606 : Admonnester, ordonner, commander ou defendre sur peine de sentence d'excommunication; 2. av. 1181-1611, admonester + dat. de pers., « remettre en mémoire (à qqn) » (JEAN LE NEVELON, Vengeance Alixandre, éd. O. Schultz-Gora, 3 : Li sens de nul home ne doit estre celez qu'il ne soit au besoing dis et amonnestez). — (COTGR. s.v. : admonester ... to put in mind of); 3. a) fin XIIIe s. amonester + dat. de pers. + que compl. « réprimander qqn de ce que » (Chron. de Saint-Denis, ms Ste Geneviève, fol. 5d ds GDF. Compl. :Li amonesta tant com il pout que il passast le tens par faintises), rare en ce sens; emploi repris début XVIIe s. admonéter + acc. pers. « faire une remontrance sévère (à qqn) » (RÉGNIER, Sat., V ds LITTRÉ : De ces mêmes discours ses fils il admoneste); b) 2e moitié XVIIe s. dr. « (d'un juge) exprimer une remontrance à un délinquant » (SÉVIGNÉ, 803 ds DG : Mme de Dreux... fut admonestée, ce qui est une très légère peine); cf. 1690, FUR. s.v. : terme du Palais, Faire une correction en justice... C'est une peine qui s'impose en matière criminelle... Elle est plus douce et porte moins de note que la condamnation d'être blasoné et réprimendé, qui est suivie de l'amende; c) 1er tiers du XVIIe s.-1752 relig. « (d'un confesseur) exprimer une remontrance à un pénitent », part. passé (D'AUBIGNÉ, Foen., III, 2 ds LITTRÉ : Estant bien confessé et admonesté...). — (Trév. s.v. : ... on dit aussi qu'un confesseur doit amonéter son pénitent, le reprimander doucement des fautes dont il s'accuse); 4. 1208 amonester « avertir », emploi abs. (GUIOT, Bible, 580 ds GDF. Compl. :Des faus devins i parlerons Qui amonestent, et dirons Des legistres); début XVIe s.-1611 ammonester + subst. de pers. + que compl. « avertir (qqn du fait que, sans nuance de blâme ni de pression) » (P. GRINGOIRE, Saint Loys, VIII, éd. Héricault, Montaiglon et Rothschild, II, 283 ds HUG. : Puissant et noble roy Françoys, De par le roy de Thunes viens T'ammonester que les Payens Sont pour te faire ta raison...). — (COTGR. s.v. : ... to warne, advertise ...).
Prob. issu du croisement de admonitus, part. passé du lat. « avertir » avec l'adj. lat. molestus « pénible ». L'ancienneté de cette formation est postulée par celle des corresp. rom. autochtones en a.prov., a. cat., a. esp. amonestar, a. port. amoestar, a. it., sarde ammonestare. Le caractère sav. de ces représentants rom. (pas de diphtongaison du cast. amonestar, COR.) suggère un croisement en milieu d'écoliers et de clercs, prob. par ironie, REW3, BL.-W.5. La difficulté de cette hyp. réside dans le fait que l'influence sém. de molestus entraînant une idée d'« avertissement pénible, blâme » n'est perceptible en fr. qu'à partir du 3e quart du XIIIe s.; l'a. prov. ne présente que le sens « avertir » (RAYN., LÉVY 1960) cf. cependant a. fr. monester, fin XIIIe s. « avertir avec menace, idée de défense » ds GDF. et a. esp. amonestar XIIIe s. « réprimander » ds Martin Alonso. Dans cette hyp. l'a. fr. monester « exhorter » fin XIIe s. est de même issu du croisement de monitus et de molestus, d'où le déverbal m. fr. moneste « avertissement » ds GDF. Un croisement avec l'adj. molestus, molestare (« ennuyer, incommoder » en lat. postclass., BLAISE s.v.) est plus prob. qu'avec admolestare, non attesté (hyp. de Cornu ds Romania, III, 377 et de Regula ds Z. rom. Philol., XLIII, 1-2), REW3. Coexistence dès l'orig. de la forme adaptée am- et de la forme étymol. adm-; de même les formes amonéter, admonéter (1295, Joinville; 1579-1599, Cl. Fauchet) par chute régulière du -s- coexistent avec la forme étymol. en -est-. Hyp. d'une formation verbale à partir d'un part. anal. monestus, de , J. Ulrich ds Romania, VIII, 264, FEW I, s.v. , fait difficulté : ce type de part., productif en Italie du Nord (part. passé en -sto du type lat. sapere ital. dial. savesto corresp. à l'ital. saputo, ASCOLI, Arch. glott. it., IV, 393) ne l'est ni dans le domaine gallo-rom., ni en Espagne (Gröber ds Archiv für lateinische Lexikographie und Grammatik, VI, 393-394; COR., loc. cit.; Mussafia ds Z. rom. Philol., III, 268-270). Hyp. d'un croisement avec honestus, 2e élément (Gröber, loc. cit.) est moins satisfaisante du point de vue sém.; de même celle d'un croisement avec admodestare (Cornu, loc. cit.; Regula, loc. cit.).
STAT. — Fréq. abs. litt. :9.
BBG. — BAILLY (R.) 1969 [1946]. — BAR 1960. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — BRUANT 1901. — CORNU (J.). Étymologies. Romania. 1874, t. 3, p. 377. — DUP. 1961. — FÉR. 1768. — GRÖBER (G.). Vulgärlateinische Substrate romanischer Wörter. Archiv für lateinische Lexikographie und Grammatik. 1889, t. 6, p. 393, 394. — POPE 1961, § 379, 744, 745. — PRÉV. 1755. — REGULA (M.). Etymologische Studien an der Hand des REW. Z. rom. Philol. 1924, t. 43, p. 1,2. — SPR. 1967. — TIMM. 1892. — ULRICH (J.). Amonestar, carestia. Romania. 1879, t. 8, p. 264.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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